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Carnet de campagne / ARTICLE
 
Seul comme Sarko


Eric Zemmour
[03 juin 2002]

C'est Tintin et la «racaille». Il parle, il pose, il roule. Sarkozy en col roulé. Sarkozy au fond d'une voiture banalisée. Sarkozy à Paris, dans le Sud, à Strasbourg, à Rome. Sarkozy ubiquiste médiatique. C'est bon pour son image populaire, loin du luxe ouaté de Neuilly. C'est bon pour un gouvernement en campagne électorale. C'est bon pour le moral d'un ministère endormi sous l'édredon Vaillant et les discours soporifiques sur la police de proximité, épouvantail à moineaux.

Sarko n'hésite pas à reprendre les brocards d'un Le Pen sur «les droits de l'homme qu'on défend au bout du monde, et pas au bout de la rue». Mais Sarko a compris depuis longtemps qu'on ne pouvait pas, quand on se prétend de droite, à la fois refuser l'alliance avec le FN et appliquer une politique de centre gauche.

Sarkozy attire à lui tous les regards, non seulement parce que la sécurité fut l'axe unique de la campagne chiraquienne, mais parce que le ministre de l'Intérieur est dans ce gouvernement de débutants et de seconds couteaux, la seule personnalité politique de premier plan.

Sarkozy n'est pas le meilleur, il est le seul. C'est pourquoi un jour prochain, il sera la seule cible. Après des années de mue sécuritaire, la gauche réapprend son discours humanitariste. C'est lent, mais ça vient. Le droit-de-l'hommisme, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Les associations antiracistes sont encore épuisées d'avoir couru après un «fascisme» imaginaire; agréablement étonnées par la nomination de Tokia Saïfi au gouvernement; inhibées par la très bonne image personnelle de Jacques Chirac dans la «communauté» arabe. Mais elles attendent Sarkozy au tournant. Elles comptabilisent en silence les «bavures».

Inévitables «bavures» d'un affrontement trop longtemps retardé entre bandes mafieuses et policiers, elles sont comme les «tilts» des billards électroniques: on sait que cela arrivera, mais on ne sait pas d'avance quand la machine cédera. Ce moment, Sarkozy l'attend. Il ne le souhaite pas, non, mais enfin s'y prépare. Depuis le jour de sa nomination, place Beauvau. Ce sera le moment de vérité du gouvernement Raffarin, du quinquennat Chirac. De la droite française. De Sarkozy. Il viendra à la télévision, sur le plateau de PPDA. Décidé à passer en force. Il dira: «Pourquoi un mort? je vais vous le dire.» Il dira: «La société doit savoir ce qu'elle veut.» Dans la rue, les jeunes lycéens, les mêmes qui criaient «à mort Le Pen», s'époumoneront: «A mort Sarko.»

Il dira: gouvernement solidaire, engagements du président. Il pensera: Raffarin, Chirac, Juppé, tous ceux qui m'attendent au tournant. Eux aussi. Eux surtout.

Sarkozy prend tous les risques. Son physique même, petit, sec, décidé, le contraire du rond qui rassure, accentue jusqu'à la caricature son positionnement politique «dur».

En 1986, la «bavure» avait eu pour nom Malik Oussékine. Elle avait transformé le gouvernement Chirac et la droite française en statue de sel. Pour quinze ans.


 


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