EDITION IMPRIMÉE :   • A LA UNE • S'ABONNER   







 


Carnet de campagne / ARTICLE
 
Trois pas de Juppé sous la pluie


Par Christine CLERC
[30 mai 2002]

Juppé a fini par craquer. C’était mardi soir dans le préau d’une école parisienne, à la sortie de sa drôle de réunion d’amitié, sinon de soutien, à Françoise de Panafieu. Jusque-là, pourtant, la journée s’était admirablement passée. La tournée des commerçants du XVIIIe arrondissement aux côtés de son lieutenant Patrick Stefanini, et même les retrouvailles avec la reine Françoise. Il pleuvait sur Paris mais cela n’empêchait pas le maire de Bordeaux, hâlé et souriant, de s’épanouir, s’étonnait un commentateur de gauche, « comme une rose dans un jardin anglais ». Dans les rues de son ancienne circonscription, Juppé reconnaissait les gens et leur serrait la main sans regarder ailleurs. Il les appelait même, s’émerveillaient les journalistes, « par leur nom » !

Et puis, l’humidité, la tension, le manque d’amour et d’admiration malgré tout, et encore et toujours ces questions pénibles sur sa soif de pouvoir et sur ses contradictions : comment peut-on, comme fondateur de l’UMP, investir Bernard Pons et encourager sa rivale, etc. ? « Je ne réponds pas aux questions qui ne me conviennent pas », finit par lâcher notre hidalgo avant de conseiller à un envoyé de France 2 de faire un meilleur usage de sa carte du PS... Et là, soudain, comme dans un jeu télévisé imbécile, quatre cases d’un coup en arrière. Ah, c’est trop bête ! Etre le «quinqua» le plus brillant de la droite, se voir promettre par les « Français d’en bas » un si bel avenir, voir triompher cette semaine-là, en la personne de Nicole Notat, la ligne réformatrice qui fut la sienne en 1995, et finir par trébucher, comme un vulgaire Jospin ! Si l’on osait, on conseillerait à M. Juppé un stage... au FN. Là-bas, il apprendrait à supporter sans broncher insinuations et insultes à répétition. Carl Lang et Bruno Gollnisch nous avaient déjà étonnés par leur calme, fruit d’un long entraînement. Mais lundi soir, chez Arlette Chabot (France 2), Marine Le Pen, dans le rôle de la jeune femme blonde jetée dans la fosse aux lions, réalisait une performance encore plus impressionnante.

Même cela, pourtant ce léger sourire, cette capacité à se taire quand les autres se grisent de parole ne suffirait pas à la rédemption de Juppé. Ce qu’on lui reproche, il le sait bien, comme à son rival Sarkozy, c’est de se croire le meilleur. Les Français adorent les superchampions, les empereurs, les vainqueurs, mais ils détestent la supériorité et l’ambition. Ils pardonnent à Bernadette Chirac d’en faire beaucoup, parce qu’elle semble agir par pur dévouement comme « l’humble servante du seigneur ». Mais ils ne pardonnent rien ni à Sarkozy ni à Juppé. Ah ! si tous les deux savaient, comme M. Raffarin, se lever tous les matins en bénissant le ciel de leur avoir accordé tantôt le soleil, tantôt la pluie, et toujours plus qu’ils n’en demandaient !
 


LA NOUVELLE ASSEMBLÉE :

Image du sondage
>Les résultats par circonscription
>La carte de répartition des votes

ABSTENTION AU SECOND TOUR
Un nouveau record :
Image du sondage
>Les résultats nationaux



 


Droits de reproduction et de diffusion réservés © lefigaro.fr 2002.
Le Figaro est membre du réseau EDA.