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Carnet de campagne / ARTICLE
 
La tournée des «papys»


Christine Clerc
[06 juin 2002]

Instruit a contrario par l'exemple ravageur de Lionel Jospin, qui s'était mis à dos douze millions d'électeurs de plus de 65 ans en jugeant Jacques Chirac «vieilli et usé», Jean-Pierre Raffarin, 53 ans, a mis un soin tout particulier à rendre visite à son parrain en politique, Valéry Giscard d'Estaing, 76 ans: une première fois à son domicile parisien, ce dont l'ancien président se montra flatté, une seconde fois dans son fief auvergnat de Clermont-Ferrand, ce dont le créateur de Vulcania, père blessé du «jeune» candidat Louis Giscard d'Estaing, victime, estime-t-il, d'un véritable «racisme généalogique», fut touché et ravi.

Dans la foulée, le premier ministre est allé rendre hommage à l'ancien président du Sénat, inventeur du Futuroscope de Poitiers, auquel il a succédé comme personnalité emblématique du Poitou, René Monory, 79 ans, le garagiste naguère promu ministre des Finances, dont il a appris ce principe de maquignon: «Avant de demander quelque chose à quelqu'un, en politique comme en affaires, il faut toujours s'interroger: quel intérêt va-t-il y trouver?» Si Antoine Pinay était encore en vie, Raffarin aurait poussé jusqu'à Chamalières pour prendre conseil auprès du père centenaire du nouveau franc, dont la devise était: «On ne doit pas dépenser plus qu'on ne gagne.»

Dans le rôle du fils ou du petit-neveu respectueux des anciens, Raffarin n'en fait-il pas un peu trop? Non. C'est comme pour le «jeunisme»: on n'en fait jamais assez. Oublié de cette tournée, Raymond Barre, 78 ans, l'a mal pris. L'ancien premier ministre de Giscard, toujours si prompt à recueillir les enfants perdus de l'UDF, comme François Bayrou, ou à prendre la défense de ses successeurs, tels Alain Juppé ou même Lionel Jospin, pourvu qu'ils fussent impopulaires ou attaqués, n'a pas tardé à réagir: «Le gouvernement Raffarin ne fait pas grand-chose, à part de la communication.» Inutile de rappeler à l'ancien «meilleur économiste de France» que la politique c'est aussi, c'est d'abord de la communication, et que de Gaulle, sa référence, cultivait l'art des gestes symboliques.

Pompidou aussi. Le premier geste du successeur du Général ne fut-il pas de se faire photographier en col roulé au milieu de ses moutons de Cajarc, puis sur une plage méditerranéenne avec sa femme, histoire de montrer aux Français que, après des années de sacrifices pour la grandeur de la France, lui se préoccupait de leur bien-être? En cela, Raffarin a bien mérité le titre, royalement octroyé par Giscard, de «Pompidou poitevin». L'air de rien, Raffarin renforce ainsi, en attendant l'épreuve de vérité, son image France du terroir, qui a tant manqué à Jospin. Il sait bien, lui, que toutes les petites phrases d'hier auront passé aujourd'hui, en ce jour historique de match France-Uruguay, alors que les Français n'ont qu'une obsession: la cuisse de Zidane.


 


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