C'est la dernière ligne droite avant la confirmation d'une victoire tant attendue. Dimanche, et après une campagne législative sans drame ni passion, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin devraient enfin disposer d'une majorité claire et cohérente et avoir les mains libres pour mettre en oeuvre les réformes qu'ils ont annoncées et commencé – pour certaines d'entre elles – à mettre en oeuvre.La cohabitation devant être définitivement enterrée et la Ve République revenant à son fonctionnement normal, le président de la République est sur le point de disposer d'une période de cinq ans pour tenir ses promesses de campagne. Il sait que, désormais, il n'a plus d'excuse, on l'attend au tournant. Il sait qu'il n'a plus le droit de se défausser et qu'il faudra profiter du véritable état de grâce qu'a entraîné la nomination du « Pompidou poitevin » – pour reprendre l'expression de Valéry Giscard d'Estaing à propos de Jean-Pierre Raffarin – pour donner rapidement des preuves de sa détermination à passer à l'action.
Après avoir mené une campagne active qui lui a permis de s'imposer dans son rôle naturel de chef de la majorité, Jean-Pierre Raffarin va devoir, en concertation avec le président de la République, finaliser les travaux de rénovation de la droite.
Dès lundi, le premier ministre devrait ainsi rencontrer, lors d'un dîner à la Maison de la chimie, les députés de l'Union pour la majorité présidentielle (UMP) qui constitueront sa majorité. Le lendemain, il devrait annoncer la constitution de son nouveau gouvernement, qui sera étoffé par l'arrivée de nouvelles recrues – on parle notamment de Pierre Bédier, de Valérie Terranova, Valérie Pécresse, Pierre-André Wiltzer. Afin de fixer ensemble la physionomie de cette nouvelle équipe et confronter leurs listes respectives, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin devraient se voir aujourd'hui.
Mercredi, la création d'un groupe unitaire à l'Assemblée nationale sera annoncée, l'élection de son président devant intervenir dans la foulée et celle du président de l'Assemblée nationale, la semaine suivante, le 25 juin.
Pièce maîtresse du paysage politique de l'après-législatives, l'UMP devrait opérer sa mue lors d'assises fondatrices, à l'automne prochain, qui permettront d'arrêter les statuts définitifs de ce parti unitaire de droite et définir son mode de fonctionnement.
Ces grandes manoeuvres politiques, qui ne doivent évidemment pas occulter ou freiner l'action gouvernementale, sont d'une importance primordiale pour Jean-Pierre Raffarin, qui se souvient qu'Alain Juppé s'est parfois heurté, entre 1995 et 1997, à une majorité remuante. Elles doivent permettre d'entériner la création d'un mouvement unitaire de droite qui doit faire preuve de discipline tout en laissant vivre toutes les sensibilités. Il s'agit d'éviter les accusations d'hégémonisme, agitées déjà par le Parti socialiste mais aussi par les partisans de François Bayrou.
Conscients de ce danger, Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin ont déjà prévu que, si le « perchoir » échoit à un RPR – Edouard Balladur et Jean-Louis Debré le disputent à l'UDF Philippe Douste-Blazy –, la présidence du groupe pourrait être confiée à un centriste (Jacques Barrot et Philippe Douste-Blazy ont leurs chances s'ils ne sont pas l'un ou l'autre au gouvernement).
Par ailleurs, Jean-Pierre Raffarin, qui depuis un mois s'est mis hors de la « tutelle » d'Alain Juppé, va devoir à nouveau compter avec lui puisque le maire de Bordeaux a annoncé dans nos colonnes (voir nos éditions du 13 juin 2002) qu'il était candidat à la présidence de l'UMP. Une annonce que François Hollande, le premier secrétaire du PS, a immédiatement interprétée comme la preuve d'une « double domination » qu'aurait à subir Jean-Pierre Raffarin : domination « institutionnelle de Jacques Chirac mais aussi soumission politique à l'égard d'Alain Juppé ». A Matignon, on reste cependant zen : « On fera en sorte qu'il n'y ait pas de couacs entre Juppé et Raffarin. » Mais un ministre, bien moins optimiste – ou plus réaliste ? –, assure que le prochain affrontement à redouter dans la droite française n'est pas celui que l'on prédisait, entre Juppé et Sarkozy, mais celui que l'on n'attendait pas entre Juppé et Raffarin.