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Marqué par une abstention qui frôle les 40%, le second tour a vu la victoire très large de l'UMP, qui disposera de la majorité absolue à l'Assemblée

«C'est un succès pour l'union et pour la confiance», a déclaré hier soir le premier ministre. (Photo AFP)
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Cinq ans pour changer la France
Ainsi que l'on s'y attendait, la droite remporte largement les élections législatives. A l'issue du second tour, selon les estimations dont on disposait à 0h30, l'ensemble de la majorité présidentielle obtiendrait 405 sièges répartis de la manière suivante: 384 UMP et 21 UDF. La gauche parvient à avoir 174 élus: 21 PC, 150 PS et 3 Verts. Le FN n'a aucun élu. L'UMP disposera donc de la majorité absolue. En dépit de l'échec de Robert Hue, le PC devrait disposer d'un groupe parlementaire. Le PS a «limité la casse», dans la mesure où son échec est loin d'être aussi important qu'en 1993.

Henri Paillard
[17 juin 2002]

Pour le second tour des élections législatives qui avaient lieu dimanche, la situation s'était décantée par rapport au premier tour, le 9 juin. Il n'y avait plus que 1 045 candidats contre 8 424 il y a une semaine. Dans quasiment neuf circonscriptions sur dix, un candidat de droite était opposé à un candidat de gauche, selon un schéma tout à fait conventionnel. 469 duels de cette nature étaient recensés. Il y avait aussi plusieurs duels «droite-droite» ou «gauche-gauche», ayant leur origine dans des querelles internes. Mais surtout, il n'y avait que dix triangulaires, dont neuf avec un candidat FN en lice (contre 76 en 1997). A cet égard, on était très loin des prédictions faites avant le premier tour. Sur les 577 sièges à l'Assemblée nationale, 519 restaient à pourvoir hier puisque 58 avaient déjà été pourvus dimanche dernier. L'inconnue était une fois encore le taux d'abstention, les scrutins de 2002 ayant largement démontré qu'un bon tiers des Français boudaient le chemin des urnes.
Cette désaffection s'est encore manifestée hier puisque selon les estimations réalisées à 18 heures par l'institut Ipsos, l'abstention devait s'établir à 39%. Cela constitue une fois encore un record. Pour la présidentielle, l'abstention avait atteint 36% au premier tour, 28% au second (compte tenu de la mobilisation consécutive à l'effet Le Pen). Pour le premier tour des législatives, elle était de 35%. Pour les législatives de 1993, elle avait été de 32% au second tour. Pour les législatives de 1988, elle avait été de 34% pour les deux tours. L'explication du phénomène d'hier tient sans doute à plusieurs facteurs. Il a fait beau sur l'ensemble de la France, ce qui peut distraire les électeurs de leur devoir électoral.
Mais la raison est certainement plus politique. Il faut penser à une démobilisation d'une partie de la gauche qui a considéré que le PS et les autres formations de l'ex-gauche plurielle étaient insuffisamment attractifs, et que, de toutes manières, l'affaire était jouée d'avance en faveur de la droite. La gauche, au cours de ces derniers jours, comptait en partie sur les abstentionnistes du premier tour pour redresser la barre et limiter autant que faire se peut la poussée de l'UMP. Il conviendra de voir aussi dans quelle proportion une fraction de l'électorat de droite, rassuré par les enquêtes, sondages, analyses et projections, l'assurant d'une victoire écrasante de la formation du président, se serait sentie moins concernée.
Les résultats en sièges, estimés à 19 heures par Ipsos, donnent une large victoire à la droite qui obtiendrait 402 sièges (376 UMP et 26 UDF) contre 175 à la gauche (26 PC, 148 PS et un Vert). La Sofres à 18h30 allait dans le même sens, donnant les chiffres suivants: PC, 19 à 22; PS, 150 à 170; Verts, 2 à 4; UDF, 20 à 24; UMP, 355 à 385; FN, 0 à 1. Quoi qu'il en soit, cette victoire très nette demeure inférieure à la précédente «vague bleue» de 1993, où la droite avait autour de 470 sièges et la gauche autour de 80, l'imprécision étant due à l'attitude parfois fluctuante de certains élus, notamment d'outre-mer.
Le premier enseignement à tirer de ce scrutin, c'est que le parti du président a gagné son pari. Avec plus de 355 à 385 députés (selon les diverses estimations concordantes réalisées autour de 19 heures), l'UMP obtient la majorité absolue qui est à 289 sièges. L'UDF ne devra (ou ne pourra) pas jouer le rôle de groupe d'appoint ou de groupe charnière. François Bayrou aura son groupe, pouvant ainsi conserver et cultiver sa spécificité. A gauche, la principale surprise vient du score réalisé par le PCF, qui disposerait environ de 25 sièges. Pour un parti qui, à la présidentielle a obtenu un peu plus de 3%, c'est inespéré... Le PS ne subit pas un échec aussi retentissant qu'en 1993, qui lui fut si fatal. Il est vrai qu'il ne subissait pas le même phénomène de rejet qu'il y a neuf ans. Quant au FN, il ne devrait pas avoir d'élu. Ce qui est également paradoxal puisque le FN avait obtenu plus de 15% à la présidentielle. L'effondrement de l'extrême droite est un élément important de ce scrutin.
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