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Les enjeux par région / ARTICLE
 
Il brave les consignes de la fédération PS
Menucci, le socialiste qui défie les camarades


Marseille : de notre envoyé spécial Olivier Pognon
[03 juin 2002]

Il a mené beaucoup de combats sous l'aile d'un PC dominateur, dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. Celle où François Billoux, élu avec de scores de 75 % dans les années 60, puis Guy Hermier ont représenté le PCF de 1936 à 2001. Mais le PC n'est plus ce qu'il était et Patrick Menucci ne voit pas pourquoi il se sacrifierait pour le maintenir en survie électorale artificielle. « On n'est pas là pour sauver le Parti communiste français... C'est aux électeurs de savoir ce qu'ils ont à faire », explique le président du groupe socialiste au conseil municipal de Marseille, 47 ans, carrure massive, silhouette de bon vivant. Il estime avoir été à la peine, il veut être à l'honneur.

Le socialisme, on pourrait presque dire qu'il est tombé dedans quand il était petit, comme Obélix dans la potion magique. Il est natif de la Cabucelle, derrière les entrepôts, le quartier des immigrés italiens au début du siècle. Ses grands-parents, arrivés en 1910, étaient voisins des Livi, et sa grand-mère tint le petit Yves Montand dans ses bras. Son grand-père était portefaix, son père fut ouvrier dans la raffinerie, l'huilerie, la savonnerie, il s'embarqua sur les cargos avant de devenir chauffeur de taxi. C'était un temps où « ceux qui ne travaillaient pas, c'est parce qu'ils ne le voulaient pas ». Un temps aussi où l'ascenseur social à la française fonctionnait encore assez bien.

Le petit Menucci en est l'illustration. Lycée Saint-Exupéry de Marseille, faculté de droit, école supérieure de commerce de Marseille, Sciences po et Institut d'administration des entreprises à Aix. Munis de ces parchemins, il s'achète un garage et devient agent Renault. Et on sait ce que représente Renault, politiquement, à cette époque.

L'engagement à gauche a pris la place de la religion dans le milieu d'où vient Patrick Menucci. Les femmes vont à la messe, les hommes aux réunions de cellule du Parti (communiste). On fait de la politique par conviction et pour la chaleur communicative des réunions. Son père quitte le PC et rejoint Defferre dans les années 60. A 14 ans, en 1969, Patrick Menucci reçoit sa carte de la SFIO en cadeau d'anniversaire. En 1973, il crée le groupe de militants socialistes de son lycée. Devient secrétaire national des jeunes socialistes. Gaston Deferre aide ce jeune militant à développer le PS dans cette circonscription acquise au PC.

Premier mandat en 1979 (à 24 ans) comme conseiller municipal et adjoint au maire à Vitrolles. Retour à Marseille comme adjoint au maire de secteur (15e et 16e arrondissements) en 1983. Battu aux municipales suivantes pour s'être présenté sur les listes Pezet. Enfin, en 1995, élu à nouveau conseiller municipal sur la liste Hermier. Dans son bureau de président du comité régional du tourisme, figure en bonne place la photo de l'ancien député PC. Mais Guy Hermier est mort l'année dernière et Patrick Menucci ne se sent pas redevable envers le candidat investi par le PC, le maire de secteur Frédéric Dutoit. Il pose sa candidature et se réclame du soutien des militants socialistes de la circonscription. Son investiture est entérinée par la direction nationale du PS.

Sauf que les dirigeants du PS dans la région Paca avaient mis au point un accord avec le PC qui laissait aux communistes la circonscription d'Hermier. Les socialistes auront besoin de toutes les voix communistes dans un certain nombre de circonscriptions, comme celle de Michel Vauzelle. Le soutien de la direction nationale à Patrick Menucci les a mis hors d'eux. Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône a qualifié de « honte » cette « décision prise au mépris des demandes des élus et de la fédération ». Et démissionné du bureau national du PS, tout comme Michel Vauzelle. Patrick Menucci n'en a cure. Peu lui chaut d'être désavoué par tous les poids lourds du PS de la région. La chance se présente pour lui d'entrer au Parlement, il n'entend pas la laisser passer.


 


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