Candidat dans la 5e circonscription du Val-d'Oise (Argenteuil-Bezons), le président du moribond PCF joue son va-tout. Après son score funeste de 3,37 % le 21 avril (contre 8,68 % à la présidentielle de 1995), le maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles sait en effet qu'il s'engage là dans un combat majeur.Contesté sur ses propres terres par les « orthodoxes » locaux du Parti, qui souhaitaient il y a encore deux semaines le voir passer la main, affaibli par l'extrême gauche (LO, LCR et PT), qui ne lui pardonne pas ses relations « privilégiées » avec le PS, le député sortant Hue – qui a également perdu de nombreux électeurs au profit du FN – a décidé d'activer le spectre du fascisme pour tenter de conserver sa circonscription. Il sait qu'il y a urgence. Au premier tour de la présidentielle, il n'a en effet recueilli dans son fief que 9,75 % des suffrages, loin derrière Le Pen (21,03 %), Jospin (16,55 %) et Chirac (15,73 %). L'extrême gauche réalisant quant à elle 10,56 %.
« Argenteuil et Bezons ont payé un lourd tribut au fascisme. Cette circonscription, dont Gabriel Péri fut le député, saura répondre comme il le faut à l'alerte fascisante d'aujourd'hui », devait-il d'ailleurs lancer début mai, entre les deux tours de la présidentielle, comme pour préparer le « troisième tour ». « La candidature de Robert est la plus apte à rassembler », assure-t-on alors, avec discipline, auprès de la section locale. Résultat : Robert Hue obtient « l'union sacrée ». Et a désormais presque la voie libre devant les candidats de droite et d'extrême droite. L'« appel » des 120 contestataires d'Argenteuil et de Bezons est resté lettre morte. Les instances nationales des Verts ont décidé de soutenir Hue – la verte Marie-Françoise Neufsel a donc retiré sa candidature « sans pour autant faire campagne » pour le député sortant –, et le conseiller général socialiste Alain Leikine s'est rangé derrière lui. « A situation inédite, solution inédite. On va éviter que la droite conforte sa position acquise en 2001. Et il n'y a pas d'hésitation à avoir face au FN quand il est à votre porte », explique l'élu socialiste.
De son côté, le RPR Georges Mothron, investi par l'UMP, semble serein. « Je ne pense pas que nous aurons des triangulaires. Je crois même que je vais me retrouver directement face au FN au second tour », parie l'élu, qui espère récupérer le siège de député qu'il occupa de 1993 à 1997. Et d'expliquer : « Les gens souhaitent des élus de proximité. Or Robert Hue ne l'est pas. Il a été très peu présent dans sa circonscription. Et, contrairement à 1997, il ne bénéficie plus de l'effet tout beau, tout neuf. » Dans le bureau de vote de la cité Champagne, où les électeurs votaient traditionnellement communiste à 40 % et plus, le FN a par exemple dépassé les 25 % le 21 avril. Un « vote refus » que le président du PCF a peu de chances de récupérer.
Né à Argenteuil il y a 54 ans, « d'une famille argenteuillaise depuis le XIVe siècle », Georges Mothron, qui a ravi la mairie d'Argenteuil en mars 2001 au communiste Roger Ouvrard avec 51 % des voix, souhaite mettre en avant son premier bilan de gestion municipale. « Quand j'ai pris la mairie, je me suis retrouvé avec la troisième ville de France la plus endettée par tête d'habitant, glisse-t-il. Il était temps de stopper les dégâts. » Le combat devrait tout de même être serré. Tenue par le PC depuis 1932, « Bezons la rouge » ne lui est pas du tout acquise, même si le candidat de l'UMP y a installé sa permanence.