La capitale de la Bourgogne et sa Comadi (communauté de 16 communes, soit 230 000 habitants) sont peu ou prou concernées par trois des cinq circonscriptions de la Côte-d’Or. Et, dans ces trois-là, le jeu des législatives de juin risque de ressembler au chamboule-tout. Au soir du 16 juin, on pourrait en effet voir la circonscription la plus à droite entre des mains socialistes et celle la plus à gauche entre des mains très à droite. Dans le contexte post-présidentiel qui est celui de cette campagne, la personnalité et le statut des hommes vont évidemment peser autant que les effets du vote Le Pen, d’ailleurs ici fort limités, sauf dans la 3e circonscription (19,4 % au premier tour de la présidentielle).
Jadis taillée sur mesure pour Robert Poujade, maire RPR de Dijon pendant trente ans, la 1re circonscription est la plus à droite des trois de l’agglomération. Mais la succession de celui qui fut le premier ministre de l’Environnement a ouvert des appétits : pas moins de sept candidats se recommandent de la droite et de la « majorité présidentielle ». Du coup, le nouveau maire (PS) de Dijon, François Rebsamen, voit s’ouvrir une « fenêtre de tir » et s’est porté candidat le soir même de la défaite de Jospin.
Encouragé indirectement par Robert Poujade, qui jugeait que « le maire de Dijon ne trouvait que des avantages à avoir aussi été député », son successeur socialiste veut à son tour être maître dans sa ville. Son souci est de ne pas laisser s’implanter un rival de droite aux législatives qui viendrait ultérieurement lui contester la mairie en 2007...
François Rebsamen pourrait l’emporter à la surprise générale, parce que ni le maire DL de Talant (Gilbert Menut), ni la conseillère régionale MPF Véronique Thyebault, ni le conseiller municipal chiraquien Yves Japiot, ni le « nouvelle droite » Jean-Pierre Favre ni, bien évidemment, l’investi UMP Bernard Depierre (il était suppléant de Robert Poujade et est conseiller général), n’ont l’intention de se retirer, quelles que puissent être les pressions, plus ou moins amicales. A tous ceux-là s’ajoutent, ou se surajoutent, des candidats des micro-partis de Charles Millon et de Philippe de Villiers !
Dans la 2e circonscription, le calme est précaire et la gauche (Colette Popard, ajointe PS au maire de Dijon) tiendra peut-être sa revanche de la partielle de 1998 gagnée par le secrétaire général du RPR départemental, Jean-Marc Nudant, à la suite du départ du RPR Louis de Broissia (président du conseil général) pour le Sénat. Car, ici, le FN s’apprête à engranger les voix (17,75 % au second tour de la présidentielle), et une triangulaire n’est évidemment pas à exclure. Les villes d’Auxonne et Mirebeau ayant, de surcroît, basculé à gauche aux municipales, la donne est devenue très floue dans une circonscription où la situation devient de plus en plus mouvante.
Enfin, dans la 3e circonscription, c’est l’imbroglio total. D’abord parce que le député MDC élu en 1997, Roland Carraz, est décédé en décembre 1999 et a été remplacé par le maire PS de Longvic, Michel Etievant... qui ne souhaite pas se représenter. A sa place, le PS a investi sa première adjointe, Claude Darciaux, et un suppléant idéal, le conseiller général PS et adjoint au maire de Quetigny, Michel Bachelard. Pour la majorité législative sortante, tout irait pour le mieux dans cette circonscription très à gauche... si le MDC n’avait explosé. Le Pôle républicain a effet décidé de présenter un candidat, le conseiller municipal Thierry Falconnet, flanqué de la veuve de Roland Carraz, tandis que le conseiller général chevènementiste Pierre Pertus annonce qu’il soutiendra la candidate PS !
Ce n’est pas tout. Cette circonscription a eu pour député, en 1993, le maire CNI de Chevigny-Saint-Sauveur, Lucien Brenot, lequel fut battu par Roland Carraz en 1997, non sans avoir accepté le désistement du FN Charles Cavin en sa faveur : le «front républicain» déclenché par le bras droit de Chevènement résista à cette alliance que les électeurs jugèrent à l’époque contre nature. En sera-t-il de même en juin prochain ? La même alliance pourrait en effet se reproduire, et d’autant plus facilement que les cartes ne sont plus aujourd’hui tout à fait les mêmes : Carraz est mort, le MDC a explosé et le contexte est nettement plus favorable au docteur de Chevigny, fort curieusement investi par l’UMP.