En 1997, la Franche-Comté a subi une métamorphose politique qui a largement bénéficié à la gauche. La droite a alors été réduite à la portion congrue : un siège sur trois en Haute-Saône, un sur cinq dans le Doubs (elle avait les cinq en 1993), aucun dans le Territoire-de-Belfort (c’est presque une tradition), et deux sur trois dans le Jura. Pour l’UMP, c’est donc le temps de la reconquête.
Dans le Doubs, un bastion de la droite résiste toujours, la 5e circonscription, celle du haut plateau, le pays des « montagnons », comme on appelle les gens d’ici, le pays d’élevage et du fromage de comté, de l’horlogerie et de la micromécanique, ancré dans ses traditions, ses valeurs. La ville de Pontarlier a souvent montré des mouvements de balanciers, comme les grandes horloges comtoises : une fois à droite, une fois à gauche. La circonscription ignore ces balancements. C’est aussi l’ancienne circonscription d’Edgar Faure. Durant vingt-deux ans, Roland Vuillaume (RPR) en fut le titulaire. Cette année, à 67 ans, il décroche avec sagesse et c’est son suppléant Jean-Marie Binetruy (RPR) qui brigue sa succession. Elu local depuis 1983, maire de Morteau, ce professeur d’histoire et de lettres au lycée professionnel analyse un phénomène qui jusqu’à présent n’avait pas été observé dans cette région : l’émergence du FN en zone rurale et montagnarde.
L’insécurité y est beaucoup moins forte qu’en zone urbaine. L’immigration reste faible. Alors, que se passe-t-il ? Dans les petits villages de montagne où on ne voit pas un tag ni l’ombre d’une incivilité, les gens s’en prennent aux contraintes diverses, aux 35 heures. « Ici, on aime la besogne, on n’aime pas qu’on nous limite », explique un villageois. Jean-Marie Binetruy ajoute que la cohabitation « a tout perturbé », qu’elle est mal jugée et que les électeurs veulent en finir avec la confusion qu’elle entraîne. Cela dit, on n’entend bien peu de gens parler de cette question. Autre cas étrange. Certains travailleurs frontaliers qui vont en Suisse tous les jours, et gagnent un bon tiers de plus, voire davantage, votent FN. Font-ils la comparaison entre deux systèmes sociaux ?
Dans le Jura, Jean Charropin avait hésité avant de se relancer à la conquête de la mairie de Champagnole. Il refait la même chose pour la 2e circonscription. Avec cette fois le double danger de la gauche à Saint-Claude et du FN. Dominique Voynet, qui avait dû sa circonscription (la 3e) aux bonnes grâces du PS, a subi un revers sérieux aux municipales à Dole. Son image en a été fortement altérée.
Reste la Haute-Saône. Jean-Pierre Michel, à Héricourt, a pris ses distances avec Jean-Pierre Chevènement dont il a été un proche durant des années. Son intérêt électoral bien compris a eu raison de sa vieille fidélité politique. Christian Bergelin (RPR) à Gray ne se représente pas. Ancien président du conseil général, ancien ministre de Jacques Chirac, il a été assez éprouvé par les attaques subies à propos de sa gestion départementale. Dans la 3e circonscription (Port-sur-Saône et Luxeuil), Jean-Paul Mariot (PS) n’a pas acquis une grande notoriété. Michel Raison (RPR), responsable de mouvement agricole, se trouve apparemment en bonne position.