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Les enjeux par région / ARTICLE
 
Dominique Hummel affronte le sortant PS, Alain Claeys
La pente est raide pour le poulain de Raffarin


[22 mai 2002]

Le goût de la formule impromptue, l’oeil volontaire éclairant une physionomie faussement pateline, une solide santé confessant le goût de la bonne chère évoquent immanquablement l’allure de l’actuel premier ministre. Candidat investi par l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) dans la 1re circonscription de la Vienne, Dominique Hummel semble lui aussi cumuler ces caractéristiques. Et pour cause. C’est auprès de l’ancien président du conseil régional de Poitou-Charentes que cet élu municipal a fourbi ses armes politiques comme directeur général de l’administration de la région, de 1992 à 1998. On ne saurait rêver paternité politique plus opportune.

Ce fils de viticulteur de 48 ans devra emprunter une bonne dose de la ténacité revendiquée par son mentor pour ferrailler contre le député PS sortant, Alain Claeys, confortablement élu en 1997 avec 57 % des voix face à l’UDF-PPDF sortant, Eric Duboc, et solidement implanté dans la région.

De quoi compenser un relatif déficit de notoriété. « C’est un bon coup de pouce dans le dos au moment où la pente est raide », reconnaît Dominique Hummel, nuançant toutefois que « l’argument ne suffira pas à lui seul, car le col s’élève à une certaine altitude ». « Comme une course cycliste, on court en équipe, mais les étapes se gravissent seul », plaisante-t-il. Si Dominique Hummel peut se rêver prochain maillot à pois de la course pictavienne, coiffer le trésorier du PS au poteau semble relever de la gageure. Toujours est-il qu’il bénéficie d’une configuration politique avantageuse, puisqu’aucun candidat DL, UDF ou même MPF ne viendra troubler le premier tour. « Je suis fier de manifester l’union, alors que la gauche ne semble pas avoir retenu la leçon du 21 avril », se félicite-t-il. Alain Claeys devra en effet partager l’affiche avec trois candidats d’extrême gauche, et trois autres investis par le PCF, les Verts et le Pôle républicain. Le poulain de l’écurie Raffarin, pur produit de la « génération terrain », issu de la société civile, continue à consacrer deux heures par jour à son entreprise de travaux publics située à Chasseneuil-du-Poitou, berceau de la famille Raffarin, « afin de ne pas perdre pied avec le monde civil ». Un exercice in situ de défense et illustration de cette « France d’en bas » arc-boutée contre celle des pesanteurs et appareils politiques.

Pour ce faire, Dominique Hummel sillonne les 48 communes de la circonscription, vole d’une réunion publique à un marché local, d’une fête de village à la permanence sise place Charles-Martel. En ce week-end nuageux, il quadrille méthodiquement le centre commercial de Buxerolles, tracts et professions de foi à la main, sacrifie à l’inévitable visite au tabac du coin. « C’est toujours pareil, on les voit quinze jours avant les élections, et puis après, pfuit ! », grommelle un retraité barbu que la courte présentation du candidat UMP peine à distraire de la grille de PMU.

Qu’importe. Au pas de gymnastique, Dominique Hummel rallie la fête de village de Saint-Cyr, accueilli par un fumet d’anguilles grillées. On y fête la saison de ces asperges dodues, si savoureuses en omelette, qu’on déguste accompagnées d’un ballon de sauvignon local. Les campagnes réclament décidément un estomac ignifugé. A quelques pas veille sa suppléante, Lydia Violleau, piquante jeune femme brune résidant à Chasseneuil et « ancienne élève d’Elisabeth Morin », la vice-présidente du conseil régional qui avait mis le maire, Jacques Santrot, en ballottage aux dernières municipales. Lancée à vive allure sur le chemin du retour, la Clio dépasse un instant la maison de Jean-Pierre Raffarin, belle bâtisse de maître à l’orée de laquelle deux voitures de gendarmes veillent désormais. Le premier ministre a promis de venir apporter son soutien avant le premier tour.

« C’est la France d’en haut qui vient aider la France d’en bas », ironise Alain Claeys. Ce fabiusien patenté, efficace trésorier du PS, part favori. Mais, est-ce crainte de la prestigieuse ombre tutélaire, il a décidé de « mener campagne comme si c’était la première fois » et ne veut « rien laisser au hasard ». Voilà des années que l’ancien directeur de cabinet de Jacques Santrot met toutes les chances de son côté. « Depuis cinq ans, je consacre systématiquement quelques heures chaque week-end à rencontrer les habitants », explique-t-il. A Beaulieu, quartier populaire de Poitiers, on connaît bien le conseiller général de la Vienne, qui s’est illustré à l’Assemblée nationale comme rapporteur de la mission parlementaire sur la révision des lois bioéthique.

« Cette fois-ci, on ne refera pas la même erreur qu’au premier tour de la présidentielle », glisse un sympathisant penaud. On ne se plaint, ici, que d’« incivilités » miniatures, de ces chiens qui aboient trop fort, des poubelles qu’on laisse un peu trop traîner, menus tracas d’une région épargnée par le maelström de l’insécurité et disposant d’une solide assise socialiste. « Sur 48 maires, 18 me soutiennent ouvertement, et 10 tacitement », se réjouit d’ailleurs Alain Clayes, que ses administrés jugeaient, voilà quelque temps, un peu trop austère.

Il a manifestement « fendu l’armure ». Bien décidé « à faire le plus haut score possible, pour Poitiers et pour le PS », celui qui a su redresser les finances du parti table sur la mobilisation d’une gauche encore étourdie par le premier tour de la présidentielle pour contrer l’« effet Raffarin ».
 


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