Georges Frêche reste intarissable. La véritable passion amoureuse que le maire socialiste de Montpellier semble nourrir pour cette nouvelle campagne lui donne une ardeur de bulldozer dans un contexte hostile. « Je suis sur le terrain comme si j’avais vingt ans », promet-il en appelant le peuple de gauche à voter utile (c’est-à-dire pour lui) dès le premier tour au lieu de saupoudrer les suffrages sur les six autres candidats de son camp.
A 63 ans, le voici obligé de subir, depuis mars 2001, une cohabitation municipale forcée avec des Verts impertinents qui n’accepteront jamais de se soumettre à sa volonté. Jean-Louis Roumégas, devenu par la force de ce mariage arrangé son deuxième adjoint, parle de « la brutalité de la façon de faire » du maire, qui jouera son fauteuil de député et son devenir politique régional dans la 2e circonscription, savant dosage de quartiers populaires et de banlieue résidentielle, avec ancrage sociologique à gauche malgré la déconvenue du 21 avril (Jospin à 19,27 %, Chirac à 15,72 %. Lepen à 17,21 % des suffrages).
Maire depuis 1977, quatre fois député, ce grand baron du Languedoc, brillant et bavard, n’a jamais été ni ministre ni même secrétaire d’État. « Que voulez-vous, on a reconduit ceux qui avaient pris des vestes. Les Guigou, Moscovici, Lang. Ce n’est plus de la démocratie, c’est du copinage. Et pendant ce temps, des types comme Destaud, à Grenoble, ou Airault, à Nantes, ne sont toujours pas ministres », fulmine-t-il avec un brin d’amertume.
« Frêche est un concurrent qui fait du surplace, explique un de ses opposants. Il agite les bras pour faire croire qu’il avance. Voici vingt ans, il était déjà député maire. Politiquement, depuis, il n’a pas progressé. » Pour assurer le spectacle permanent, Georges Frêche tire sur tout ce qui bouge entre Paris et l’hôtel de région. Dans le même mouvement circulaire de fusillade verbale, il éreinte les énarques de gauche ou de droite, coupables selon lui de « néocolonialisme vis-à-vis du Sud, sous-représenté dans tous les gouvernements ».
Il égratigne les Verts, « la deuxième force de gauche, ce conglomérat d’ambitions personnelles ». Il épargne François Hollande. Il tire sur les juppéo-chiraquiens et il ajuste Jacques Domergue (DL-UMP), son adversaire des législatives qu’il a baptisé le « clone de Jacques Blanc, l’homme qui cuisine avec le FN dans les arrière-boutiques ». Il accuse le président du conseil régional d’avoir passé un accord discret de désistement pour le second tour avec le Front national. Il avance des menaces contre les candidats potentiels de l’UDF, priés de se retirer pour laisser le professeur Domergue seul à droite avec un FN qui n’aura sans doute pas les moyens de se maintenir au second tour (12,18 % des inscrits le 21 avril).
Surtout, il voit sa campagne troublée par l’intervention de femmes islamistes voilées, selon lui « manipulées par les fondamentalistes ». Et, depuis samedi, il fait jouer La Marseillaise avant le conseil municipal. Parmi les vingt candidats de sa circonscription, il doit affronter un novice de la politique, Jacques Domergue, 49 ans, chef du service de chirurgie digestive au CHRU de Montpellier, encarté DL, adoubé UMP. Le « jeune » prétendant entend bien surfer sur « le profond rejet des méthodes et du personnage Frêche, aujourd’hui ouvertement affiché y compris par les hommes de gauche ». Selon le professeur Domergue, « voici venu le temps du crépuscule du coupeur de têtes, la fin de règne de l’empereur, odieux avec tous depuis plus de vingt ans ».
Avec une foi officiellement inébranlable, imperturbable aux signaux, Georges Frêche déroule pourtant une confiante rhétorique de campagne. Il prêche le rassemblement au second tour de toute la gauche autour de sa personne... avec l’exemplaire dévouement de la fédération du PS. Et le virtuel soutien, des communistes et des Verts, goguenards.