« Mesdames, bonjour. Je suis le candidat de l’union pour la majorité présidentielle. Voici mon document de campagne. » Ce mardi matin, Philippe Rouault, 39 ans, ancien président des jeunes centristes de la région Bretagne, parcourt à grandes enjambées le marché de Mordelles (Ille-et-Vilaine), à une trentaine de kilomètres de Rennes. Depuis le second tour de l’élection présidentielle, cet ingénieur en environnement, UDF investi par l’UMP, mène une campagne de marathonien (la course est d’ailleurs son sport favori) dans la 3e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Détenue entre 1986 et 1997 par le centriste Yves Fréville, devenu sénateur, la circonscription de Rennes-Ouest a été conquise par surprise en 1997 par Marcel Rogement (PS), un cadre associatif de 53 ans.
Dans cette bataille législative, le candidat de l’UMP, proche de Pierre Méhaignerie, a des atouts en mains. En 1995, il a repris au PS la mairie de Pacé, dont les 8 000 habitants l’ont réélu avec plus de 62 % des voix en mars 2001. Dans la foulée, il a aussi remporté le canton de Pacé (à gauche depuis trente ans), dont le maire PS de Rennes, Edmond Hervé, avait fait son fief, entre 1973 et 1982.
Père de deux enfants, ce militant centriste apparaît inquiet. Il a entendu dire que François Bayrou pourrait présenter en primaire plusieurs candidats UDF en Bretagne. « Ce sont des représailles ! Risquer de faire perdre quelqu’un qui partage vos idées, et tout cela pour de l’argent, c’est choquant ! », s’exclame Philippe Rouault, tout en conduisant la spatieuse voiture familiale. Ouf ! A 10 h 40, il reçoit un coup de fil sur son téléphone portable. C’est le sénateur centriste Philippe Notrix. « Enfin ils ont compris ! », répond Philippe Rouault, visiblement soulagé, à son interlocuteur. A priori, il n’a plus de concurrent UDF contre lui.
Accueilli par Marie Daugan, conseillère générale UDF, dans la petite salle de la mairie de Lou-du-Lac, Philippe Rouault avale une cuillère de gelée royale pour lutter contre une bronchite naissante. Puis explique à une douzaine d’agriculteurs qu’il « faut donner une majorité à Jacques Chirac ». Education, santé, sécurité, justice, retraites... Tous les sujets y passent. Philippe Rouault dénonce « les rave-parties sans autorisation », se dit « totalement opposé à la dépénalisation des drogues », rappelle que « les parents doivent être tenus responsables des actes de leurs enfants mineurs »...
Dans cette commune de 120 habitants, où Jacques Chirac a recueilli 77 voix le 5 mai, et Jean-Marie Le Pen 8, un agriculteur chauffeur laitier à la retraite prend la parole. « J’ai été agressé le 18 mars par un maçon qui a travaillé chez mon fils. J’étais en train de jouer aux cartes chez mon voisin. L’homme voulait mes économies. Avec sa compagne, il m’a tapé dessus avec une canne, et m’a menacé de mort. Mais j’ai rien lâché. Il ne nous reste plus qu’à nous enfermer chez nous »...
Philippe Rouault répond qu’il faudra « défendre les droits des victimes », et « bouleverser » le cours de la justice. La réunion s’achève par une tournée chez Marie Berthier, une femme âgée, qui reçoit les clients dans la cuisine d’un château délabré, transformée en « bistrot » bien atypique, sans enseigne à l’extérieur. Elle aussi se fait « rançonner » régulièrement par « des voyous de passage »...