Catherine Trautmann reçoit à « l'Élysée ». Non qu'elle ait de grandes ambitions, comme en 1997, au lendemain de la manifestation anti-Le Pen à Strasbourg. Certains, alors, la voyaient déjà premier ministre. Ses rêves sont aujourd'hui plus modestes... « L'Élysée », c'est le self-service jouxtant un hypermarché de Schiltigheim, où l'équipe de l'ancien ministre de la Culture déjeune. Entre une opération de « porte à porte » dans les nombreuses cités que compte la circonscription de Strasbourg 3, la plus populaire de la métropole alsacienne, où Catherine Trautmann tente de retrouver une légitimité, et une réunion de travail. « Les gens me connaissent par la télévision, mais ils sont contents de me voir en vrai », commente, ravie, la candidate qui a conservé son look bon chic bon genre.« En quelques jours, nos militants ont distribué le quatre pages dans 50 000 boîtes aux lettres », se félicite le directeur de campagne, Pierre Henninger, un chef d'entreprise, membre du PS depuis seulement un an. « On ne se demande pas si on va gagner ou perdre », renchérit une jeune étudiante en droit, visiblement en admiration devant l'ex-maire de Strasbourg, à qui cette campagne semble donner un nouvel allant.
Battue aux municipales de mars 2001 par le duo de choc Fabienne Keller-Robert Grossmann, après des mois de guérillas dans son propre camp et une candidature dissidente de son ami de vingt ans, Jean-Claude Petitdemange, elle avoue avoir été tentée de faire l'impasse sur ces législatives. « Mais n'ayant pas décroché du PS, je ne pouvais pas être absente de la bataille. Il nous faut rebondir collectivement et reconstruire un projet politique », assure-t-elle.
Simple conseillère municipale d'opposition, elle doit partager les locaux exigus du groupe PS et Verts qui avaient été ceux de l'ancienne opposition UDF-RPR pendant douze ans. N'ayant jamais exercé de profession, son échec l'avait laissée sans situation. Elle en a profité pour rédiger Sans détour (Le Seuil), une autobiographie, parue en février, qui lui permet de régler quelques comptes. Entre-temps, Lionel Jospin l'avait nommée commissaire d'une exposition internationale qui se tiendra à Saint-Denis en 2004. De ses bureaux, elle a vue sur l'Assemblée...
Pourquoi ne pas s'être présentée à nouveau au centre-ville de Strasbourg ? « Je ne voulais pas d'un troisième tour des municipales », souligne l'ancien maire qui croyait, à tort, que Fabienne Keller serait candidate... Mais Trautmann sait aussi que sa candidature, contrecarrant celle de son ex-suppléant Armand Jung, aurait déclenché de nouvelles hostilités au sein du PS.
Aussi a-t-elle choisi cette circonscription du nord de la ville, sociologiquement de gauche, qui englobe deux quartiers très différents de Strasbourg – Cronenbourg/Hautepierre avec ses zones sensibles et la Robertsau plus résidentielle – et trois villes plutôt ouvrières, Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim. « Les Strasbourgeois m'ont laissé du temps pour m'impliquer dans le travail parlementaire », explique-t-elle, non sans humour, aux habitants de ces communes.
« Elle joue son va-tout. Moi simplement une préretraite partielle », observe, matois, André Schneider, 55 ans, député RPR sortant. Maire de Hoenheim, il joue de sa rondeur bonhomme, laboure le secteur depuis cinq ans, ne ratant aucune manifestation et entretenant d'excellents rapports avec ses collègues de droite et de gauche. Y compris avec Alfred Muller, maire de Schiltigheim : élu député en 1993, l'ex-rocardien, qui avait créé un mouvement de centre-gauche, n'avait même pas réussi à accéder au second tour en 1997, le PS ayant présenté un candidat contre lui. A l'époque, l'élection s'était jouée entre André Schneider et le jeune mégrétiste Stéphane Bourhis, qui est à nouveau candidat. Ce dernier table sur le vote d'extrême droite traditionnellement élevé, mais il doit faire face à la concurrence du FN.
Quant à Alfred Muller, il soutient... l'un de ses adjoints, Jean-Marie Kutner, « candidat d'en bas, qui n'a pas été ministre et qui n'est pas parachuté ». Autant d'embûches sur le chemin de « Catherine » vers la reconquête du pouvoir... Tout en faisant campagne, Trautmann n'oublie pas la promotion de son ouvrage qui lui a valu de passer chez Stéphane Bern et chez Laurent Ruquier. On l'a même vue, dans Gala, photographiée avec son mari et ses filles, dans leur appartement des Contades, avec un titre très « people » : « L'amour et l'écriture l'ont reconstruite ». « Refuser eût été une marque de mépris pour des personnes qui lisent ce journal », se défend-elle. « Il est intéressant qu'il s'ouvre à des politiques... »