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Y. B. [05 juin 2002] Des mois durant, tandis que la droite strasbourgeoise hésitait sur sa stratégie dans la première circonscription du Bas-Rhin, la seule à être détenue par un socialiste, Armand Jung – devenu député le 5 juillet 1997 quand Catherine Trautmann est entrée au gouvernement – espérait en découdre avec Robert Grossmann (RPR). Plus facile à contrer, selon lui, que l'ancien député UDF, Harry Lapp, producteur de festivals musicaux, battu seulement par 99 voix il y a cinq ans... Pourtant, à 61 ans, l'ancien président de l'UJP (Union des jeunes pour le progrès) n'a rien perdu de son mordant. Il est même la bête noire de la gauche. Depuis la victoire de la droite aux municipales de 2001, Robert Grossmann préside la puissante communauté urbaine de Strasbourg et porte aussi le titre de... « maire délégué », comme premier adjoint au maire UDF Fabienne Keller. De son côté, elle a été élue « présidente déléguée » de la CUS. Et, sans doute rêve-t-il, depuis les années 60, de devenir un jour député. Dans son bureau, Grossmann garde bien en vue le portrait dédicacé du général de Gaulle et une photo des assises de l'UJP, à Strasbourg en 1969, avec Pompidou et Malraux. Le mobilier est résolument contemporain, tout comme les oeuvres d'artistes qui ornent la pièce. Car l'homme, en plus de la politique, a deux autres passions : l'art et l'écriture. Auteur d'ouvrages historiques à succès, il vient de publier La France minoritaire (Editions Michalon), un essai polémique dont le sous-titre, « Contre le communautarisme », constitue tout un programme. « Avec la présence de Le Pen au second tour, nous ne pouvions plus nous dérober. L'image de l'Alsace est en jeu. Et surtout, nous devions nous battre sur nos idées », explique-t-il. Le « nous » n'est pas de majesté : Robert Grossmann, candidat de l'UMP, fait équipe avec, comme suppléante, Fabienne Keller. Ils ont même le soutien de François Bayrou. L'annonce, au lendemain du second tour, a pris les stratèges socialistes de court. « C'est le tandem à l'endroit et à l'envers. Grossmann n'ose pas se présenter sans Keller », ironise Jean-Jacques Gsell, l'un des trois conseillers généraux PS sur les quatre que compte cette circonscription qu'on dit « la plus bourgeoise », qui englobe notamment le centre et le Conseil des Quinze. La population est cependant plus hétérogène qu'il n'y paraît, avec le quartier de la gare, plus populaire, et surtout l'Elsau et la Montagne Verte, le fief d'Armand Jung, dont il est le conseiller général, excellemment réélu l'an passé. Le député actuel, qui laboure depuis cinq ans le terrain associatif et mène « crânement » une campagne de réseaux et de réunions en appartements, parle « de tromperie ». « Il y a un an, le tandem voulait privilégier Strasbourg. Mais je ne vois rien venir. Que chacun fasse son travail : ils ont été élus pour s'occuper des affaires municipales », s'indigne cet ancien rocardien de 52 ans, qu'on sent désarçonné par l'engagement de Fabienne Keller dont la simplicité et la capacité d'aller au-devant des habitants sont appréciées. « Si je peux avoir quelques aspérités, elle compense... Lorsque Fabienne explique dans les réunions publiques qu'elle a voulu rester maire et que je serai la voix de Strasbourg à Paris, l'assistance applaudit », assure Robert Grossmann, en reconnaissant que « la municipalité se trouve dans la période la plus ingrate, car les grands chantiers ne démarreront que d'ici un an ». En attendant, le tandem va à la rencontre des habitants de Strasbourg, y compris dans les quartiers sensibles. L'autre soir, à l'Elsau, sur les quelque 200 personnes, il y avait une cinquantaine de jeunes désireux d'en découdre, mais autant d'habitants qui ont des griefs envers ces jeunes. « Quand on nie les problèmes des gens, ils deviennent fous furieux et votent pour l'extrême droite », commente Grossmann, persuadé qu'« il faut prendre en compte ces questions ». Comme l'a fait son ami de trente ans, Nicolas Sarkozy, en venant annoncer à Strasbourg la création du premier Groupe d'intervention régional... Dans cette circonscription, pourtant, Jacques Chirac a devancé Lionel Jospin et Jean-Marie Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle. L'extrême droite, qui se présente divisée entre une candidate du Front national, peu connue, et le conseiller régional régionaliste, Jacques Cordonnier, qui a le soutien du MNR et arbore l'étiquette « Alsace debout », ne semble pas en mesure d'atteindre le second tour. Pas plus que Jean-Paul Probst, 54 ans, ancien syndicaliste CFDT, ex-président de la Caisse nationale des allocations familiales et ex-RPR, déjà présent sur la liste du socialiste Jean-Claude Petitdemange aux municipales. « Face à l'échec de la gauche et à l'image négative du candidat de l'UMP, nous nous lançons dans la bataille », estime ce « rebelle de droite » qui « veut mettre à profit son engagement social » en faisant équipe avec un « rebelle de gauche » ex-Ps, Serge Dreyfus. « Tout se jouera au premier tour », prévient Armand Jung qui compte bien « être, au-delà des appareils, le pôle de rassemblement que d'autres ne peuvent pas être ». Mais, s'il sauve son siège, il pourrait bien devenir le futur patron d'un PS strasbourgeois en reconstruction... Le sortant n'apprécie guère la présence de huit autres candidats de gauche et d'extrême gauche sur les dix-sept prétendants qui lorgnent cette circonscription la plus convoitée d'Alsace. Dont le secrétaire régional des Verts, Laurent Fritz, qui espère récupérer les 8,5 % de voix de Mamère. Tout aussi dérangeante pour lui, la candidature de Luc Gwiazdzinski, un géographe de 36 ans, représentant d'AIR (Action et Initiative républicaine), qui se situe dans le droit fil « des listes citoyennes et motivé-e-s ». Lors des municipales, sa liste avait dépassé les 6 %. Très présents, ses amis ont recouvert les poteaux des feux de signalisation de grands autocollants orange diversement appréciés par les Strasbourgeois... Au soir du premier tour, le député actuel et le tandem devraient se retrouver face-à-face.
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