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Les enjeux par région / ARTICLE
 
Portrait de l’insubmersible président de la région
L’inénarrable Monsieur Soisson


T. P.
[18 mai 2002]

Un petit écho dans la presse vient de relater le coup de téléphone de félicitations que Jean-Pierre Soisson souhaitait donner à Jean-Marie Le Pen au soir du premier tour de la présidentielle. A la lecture de L’Express, on imagine la fureur de Florence Parly, le battage que l’ancien secrétaire d’Etat au Budget fera autour de cette information difficilement vérifiable. Quelle aubaine pour la jeune candidate PS, à laquelle on accorde bien peu de chances de l’emporter face au député sortant d’Auxerre et de la Puisaye, investi par l’UMP.

Inclassable, insubmersible, incroyable, inénarrable... Jean-Pierre Soisson est parmi ces derniers hommes politiques français à susciter les superlatifs. En bien, ou en mal, cet homme, pourtant tout en rondeur, est généralement campé à gros traits, en une peinture trop moderne. Un maître flamand rendrait mieux compte du personnage, de sa rouerie de maquignon sous l’onctuosité bourgeoise, nez pointu coupant les joues pleines, l’oeil aux aguets.

Un vrai de la vieille, comme on en fait plus, disent ses admirateurs, séduits par ses prouesses. Un homme d’État, pour qui seul l’exercice du pouvoir importe, ajoutent des hauts fonctionnaires qui ont eu l’occasion de travailler sous ses ordres. Ses adversaires, et ils sont au moins aussi nombreux, ne manquent pas non plus de qualificatifs, l’accusant tour à tour d’être une girouette, un politicard, un magouilleur.

Une fois n’est pas coutume, la vérité ne se situe pas à mi-distance entre les louanges et les critiques. Elle est des deux bords. Successivement à droite et à gauche, dans la lumière puis dans l’ombre, selon l’éclairage et la position du spectateur.

Au moins peut-on s’accorder sur son palmarès. Sous le septennat giscardien, ce fier représentant de la famille indépendante est, à compter de 1974, successivement secrétaire d’État aux Universités, à la Formation professionnelle, puis à la Jeunesse et aux Sports, avant de prendre en charge ce dernier secteur avec rang de ministre jusqu’à la présidentielle de 1981. Ensuite, on oublie généralement sa traversée du désert. Elle dura pourtant tout le premier septennat de François Mitterrand. Sept ans de réflexion, loin du pouvoir, ce n’est tout de même pas rien quand on s’appelle Jean-Pierre Soisson !

Aussi, parce que son camp s’évertuait à perdre, il en changea. En 1988, le maire d’Auxerre revient aux Affaires, comme ministre d’ouverture dans le gouvernement constitué par Michel Rocard. D’abord ministre du Travail, puis de la Fonction publique, finalement à l’Agriculture. Les législatives de 1993 et le retour triomphal de la droite interrompent sa carrière parisienne. Un coup d’arrêt définitif, serait-on tenté d’écrire, quitte à être une nouvelle fois surpris par ce diable d’homme.

Giscardien, mitterrandien, puis chiraquien, Jean-Pierre Soisson aura manqué une marche. En 1995, ils n’étaient pourtant pas si nombreux à soutenir le maire de Paris contre Edouard Balladur. Lui, comme toujours, avait senti le vent venir. Mais, cette fois-là, il n’en tira aucune récompense.

A chaque revers, Jean-Pierre Soisson s’en retourne sur ses terres bourguignonnes. En cette Puisaye chère à Colette, il écrit des livres et exerce ses mandats. Depuis des lustres, celui de député. Et puis celui de maire d’Auxerre, hôtel de ville conquis en 1971, et qu’il n’abandonna que par la faute de la loi sur le cumul, en 1998. Ayant donné le tournis à tout son conseil municipal, il regarde en 2001 ses adjoints, les plus anciens de droite et les plus récents de gauche, s’entre-déchirer.

Peu importe la mairie. La grande affaire de Jean-Pierre Soisson, après les ministères, c’est la région Bourgogne. En 1992, il parvient à chaparder la présidence au RPR Dominique Perben. A l’époque, la gauche soutient le ministre d’ouverture, qui se charge d’aller dans les rangs du Front national récolter les voix nécessaires. La droite crie au scandale. La gauche détourne le regard. Mitterrand applaudit son compère bourguignon en intrigues.

Forcé de démissionner un an plus tard, Jean-Pierre Soisson réussira un second hold-up en 1998. Cette fois-ci avec l’aide de la droite et toujours l’appui du FN. François Bazin, le président RPR sortant, éructe. La gauche s’époumone. Avec Jacques Blanc et Charles Millon, Jean-Pierre Soisson est mis au ban de la société politico-médiatique. Mais le temps fait son oeuvre. Les mêmes se retrouvent à Lyon en 2002, pour écouter, entre les deux tours de la présidentielle, le discours républicain de Jacques Chirac. Jean-Pierre Soisson venait d’appeler Le Pen. A quoi sert d’avoir des amis s’ils sont tous identiques ?


 


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